La culture au cœur d’un débat électoral sans grand désaccord
Réunis lundi pour débattre des grands enjeux culturels à deux semaines des élections fédérales, les candidats Steven Guilbeault (Parti libéral du Canada), Martin Champoux (Bloc québécois) et Marwan El-Attar (Nouveau Parti démocratique) ont exprimé une vision assez semblable, à quelques nuances près, des priorités culturelles qui devraient guider le prochain gouvernement fédéral. Animé par l’ex-présentatrice de l’émission L’épicerie Johane Despins, ce débat en français, qui s’est déroulé à Montréal, était organisé par plusieurs organisations culturelles, dont la Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC) et Culture Montréal. Un débat similaire se tiendra en anglais mercredi à Toronto. La Parti conservateur du Canada et le Parti vert du Canada étaient absents, ayant tous deux décliné l’invitation des organisateurs. Le Parti vert du Canada participera cependant au débat en anglais mercredi. Steven Guilbeault, candidat pour le Parti libéral du Canada (PLC) et actuel ministre de la Culture et de l’Identité canadiennes, a commencé par réaffirmer la non-négociabilité de la question de l’exemption culturelle, si l’administration de Donald Trump la remet en cause lors de la renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) en 2026. Alors que les menaces tarifaires font craindre une récession économique, Steven Guilbeault a assuré qu’un gouvernement libéral aiderait le milieu culturel en cas de crise économique, comme le gouvernement Trudeau l’avait fait pendant la pandémie du COVID-19. En ces temps difficiles pour la culture, la question de la précarité des artistes occupe les esprits. Lundi, cinq syndicats représentant le milieu culturel, dont l’Union des artistes (UDA) et la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec (GMMQ), ont signé une lettre ouverte dans Le Devoir pour notamment interpeller les cinq principaux partis politiques quant à l’offre d’un véritable filet social aux artistes, qui passerait par une réforme de la loi sur l’assurance-emploi. Martin Champoux, qui est porte-parole sur les questions culturelles pour le Bloc québécois depuis 2019, a plaidé pour une réforme de l’assurance-emploi. De son côté, Marwan El-Attar, du Nouveau Parti démocratique (NPD), propose de fixer la prestation d’assurance-emploi à 60 % du revenu, et non à 55 %, et son montant minimal à 450 $ par semaine. Autre préoccupation pour le milieu culturel : le financement des organisations culturelles. Steven Guilbeault a défendu le bilan libéral, mettant en avant la hausse de 50 % du budget consacré à la culture entre 2015 et 2024, dont une partie a servi à financer la production culturelle de groupes jusque-là Conscient des besoins actuels du milieu culturel, il s’est engagé à agir pour augmenter, entre autres, le budget du Conseil des arts du Canada de 140 millions de dollars. Le Bloc Québécois et le NPD se sont tous deux prononcés en faveur d’une pérennisation du financement des organisations culturelles. Steven Guilbeault, Martin Champoux et Marwan El-Attar lors du débat sur la culture organisé à Montréal le 14 avril 2025. Photo : David Ospina Le développement à grande vitesse de l’intelligence artificielle (IA) inquiète beaucoup le milieu culturel. Les trois candidats étaient tous d’accord sur la nécessité d’encadrer rapidement l’utilisation de l’IA, alors que les entreprises technologiques, comme Meta, utilisent des œuvres culturelles pour entraîner leur IA et que des artistes, notamment en doublage, craignent d’être remplacés par cette technologie. Toutefois, les candidats néo-démocrate et bloquiste étaient en désaccord concernant une possible modification de la Loi sur le droit d’auteur. Marwan El-Attar s’est opposé à une telle modification, comme le demande Culture Montréal et CDEC, car les entreprises technologiques veulent lever l’interdiction d’utiliser des œuvres pour entraîner de l’IA générative sans autorisation ni compensation. Pour Martin Champoux, cette loi désuète Quant à Steven Guilbeault, il croit à la nécessité de mettre en œuvre une diplomatie culturelle pour définir une stratégie internationale, car il est difficile pour un pays seul de résister aux géants du web. Le débat s’est achevé sur l’avenir de CBC/Radio-Canada. Les trois candidats ont défendu l’importance du diffuseur public. Si le Bloc Québécois et le NPD ont plaidé pour une hausse de son financement ainsi qu’une pérennisation de ce dernier, ils ont demandé des contreparties en matière de gratuité, l’accès à l’ensemble du contenu de Tou.Tv et des chaînes spécialisées devant être gratuit pour le candidat bloquiste et les publicités devant être supprimées selon Marwan El-Attar. Martin Champoux a également exigé une meilleure couverture de l’actualité régionale. Début avril, le chef libéral Mark Carney a promis d’investir 150 millions de dollars supplémentaires dans CBC/Radio-Canada. Présentement, le Canada consacre 33 dollars par habitant au financement du diffuseur public. M. Carney veut que ce montant se rapproche de la moyenne des pays du G7, soit 62 dollars par habitant. Steven Guilbeault a ajouté qu’il comptait mettre en œuvre les autres propositions concernant CBC/Radio-Canada présentées en février dernier par Pascale St-Onge, qui était alors ministre du Patrimoine canadien. Défendre la souveraineté culturelle
On a renégocié l’ACEUM avec l’administration Trump lors de son premier mandat et nous avons protégé l’exemption culturelle, a-t-il affirmé. On l’a fait une première fois, nous prenons l’engagement de le faire à nouveau.
Dans le premier mandat de Donald Trump, il n’y avait pas tous ses amis des géants du numérique qui étaient autour de lui en exigeant qu’il fasse tomber toutes les barrières qui leur permettent d’évoluer sans restriction ici
, a rétorqué Martin Champoux, qui a appelé à la vigilance.Un meilleur filet social pour les artistes
En ce moment, le système prend en considération les heures travaillées, mais quand on travaille dans le domaine artistique, il y a tout un travail de création, de préparation pour l'interprétation qui n'est pas calculé au même titre que [les heures effectuées] un travailleur régulier
, a expliqué, lundi en entrevue à Radio-Canada, Vincent Seguin, président de la GMMQ.Notre parti s’engage à travailler avec le secteur sur cette question du filet social
, a dit Steven Guilbeault.On doit permettre aux artistes d’avoir un statut qui va s’apparenter [à celui des] travailleurs saisonniers
, a-t-il indiqué. Mieux financer les organisations culturelles
oubliés
, selon lui, comme les minorités ethniques ou les Autochtones. On serait très à l’aise d’accorder 1 % du budget fédéral [aux dépenses culturelles, comme le réclame Culture Montréal NDLR] pour que le secteur culturel ne plaide pas chaque année pour plus de financement
, a souligné Marwan El-Attar, qui compte sur l’élimination d’échappatoires fiscales pour rapporter 39 milliards de dollars par an afin de financer les arts.
Rouvrir ou pas la Loi sur le droit d’auteur?
a besoin d’être revue en profondeur
pour mieux protéger le droit d'auteur face aux évolutions technologiques.Plus d’argent pour CBC/Radio-Canada
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