Les menaces tarifaires corsent les affaires de l’industrie canadienne du café
Les contrecoups de l’incertitude économique sur les marchés mondiaux causée par les menaces tarifaires des États-Unis corsent les affaires de l’industrie du café au Canada. Des sécheresses au Brésil et au Vietnam, les deux des plus grands producteurs du monde, ont en partie catapulté le prix de référence du café vert pour la fève arabica à la bourse des marchandises à un niveau jamais vu en des décennies, avec un coût au-dessus de la barre des 4 dollars américains la livre en février alors qu’il gravitait plutôt autour des 2 dollars américains la livre à la même période l’an dernier. L'une des craintes de Robert Carter est de voir des tarifs ajouter une surtaxe à un produit dont le prix est déjà soumis à des pressions à la hausse, notamment lorsque de nombreux pays producteurs de café ont été ciblés par des tarifs réciproques lors du « jour de libération ». De nombreux exportateurs de café se retrouvaient dans la liste de pays frappés par des tarifs réciproques des États-Unis, notamment le Vietnam avec des tarifs de 46 %, le Nicaragua à 18 % , et le Brésil et la Colombie à 10 %. Photo : Reuters / Carlos Barria Un autre défi est le casse-tête logistique de ces tarifs potentiels sur les opérations des entrepreneurs. Les plus petites entreprises comme la sienne n’ont pas de demande justifiant l’envoi de cargaison complète de café spécialisé vers le Canada, mentionne-t-elle. « On utilise alors des expéditions ou du fret maritime consolidés pour transporter le café [...], et les torréfacteurs comme nous utilisent ensuite des importateurs canadiens pour l'acheminer [au Canada] en camion », précise Laura Perry. Le café vert (avant sa torréfaction) se négocie à la livre et en dollars américains, une difficulté supplémentaire pour certains torréfacteurs canadiens en raison de la faiblesse du dollar canadien. Photo : Radio-Canada / Julien Latraverse De ce fait, dans l’avenue de l’imposition de tarifs, de multiples questions à savoir comment ce produit allait être taxé restaient donc en suspens dans l’attente de précision de l’administration américaine, souligne Laura Perry. Par exemple, avant la pause de 90 jours sur ces tarifs réciproques, Laura Perry mentionne que « tout le monde a tenté de comprendre si on pouvait changer le [contrat de chargement] pour indiquer que [les] conteneurs étaient destinés à des consommateurs canadiens et [n'étaient] qu'en transit » pour éviter des frais supplémentaires lors d'un passage aux États-Unis. Le secteur canadien de l’importation de café de spécialité est encore très petit, et il ne peut pas soutenir les volumes ou les besoins logistiques de tous [les] microtorréfacteurs à travers le pays. Par ailleurs, les répercussions des tarifs se ressentent ailleurs pour les entreprises, selon ce qu'explique Aaron Kafka, de Kafka Coffee Roasters. Ses cargaisons de café étant livrées directement sans passer par les États-Unis, il se dit moins exposé à un possible tarif américain dans ce dossier. Il note que des pièces d’équipement, des serviettes de table, des sacs de papier et des gobelets sont soumis aux tarifs du Canada, tout comme de nombreux produits de café en provenance des États-Unis. Plus de 540 kilogrammes de café sont torréfiés chaque semaine par Aaron Kafka. Photo : Radio-Canada / Julien Latraverse Par ailleurs, les États-Unis imposent toujours un tarif de 25 % au café provenant du Canada qui n'est pas conforme à l'Accord Canada–États-Unis–Mexique, rappelle Robert Carter. Du café torréfié ici avec du café vert du Brésil est notamment touché par la surtaxe. Selon lui, l’équivalent américain de son organisme milite également pour l'exemption du café des politiques économiques de Maison-Blanche. Les menaces tarifaires de Trump pourraient rendre la facture de votre prochaine tasse de café un peu plus amère. Photo : Radio-CanadaTous ces tarifs et guerres commerciales sont vraiment arrivés à un très mauvais moment en ce qui concerne le café
, affirme Robert Carter, président de l’Association du café du Canada.Tout élément qui affecte la chaîne d'approvisionnement ou les pays d'origine [du café] se traduit par une augmentation des prix au niveau du consommateur
, insiste le président. Le café est une denrée sensible aux prix de l'essence, et même à celui du fertilisant, ainsi qu'aux changements climatiques pour cette raison également.
Questionnement sur l'importation
C’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase
, indique Laura Perry, cofondatrice de Luna Coffee, un microtorréfacteur britanno-colombien.
Des coûts qui débordent à d'autres endroits
La réalité, c’est qu’il y a d’autres coûts associés aux tarifs [américains] qui ne sont pas du café
, dit-il.
On doit donc être créatifs et éviter de recourir [à certaines entreprises] comme partenaires commerciaux
, affirme Aaron Kafka, qui dit vouloir éviter d'imposer une hausse de prix trop amère aux consommateurs. On essaie de prendre une partie des coûts quand on le peut. [...] On sait aussi qu’il y a une limite à augmenter les prix et que c’est un équilibre difficile entre garder notre entreprise à flot et offrir un produit abordable à notre clientèle.
Exempter le café
On ne fait pas pousser de café au Canada, ils ne font pas pousser de café aux États-Unis en dehors d’Hawaï, [...] alors du point de vue des tarifs entre le Canada et les États-Unis, l'inclusion du café n'a pas de sens
, soutient le président de l’association.
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