Le pape François « a établi des ponts », croit le grand chef huron-wendat Pierre Picard
La visite du pape François au Canada en 2022 aura offert quelques réponses aux communautés autochtones, sans pour autant panser toutes les plaies.
Jorge Mario Bergoglio, chef de l'Église catholique, est décédé lundi à l'âge de 88 ans.
Il a établi des ponts, des ponts quand même extrêmement importants
, pense d'abord Pierre Picard, grand chef de la Nation huronne-wendat.
Il estime que les communautés autochtones attendaient beaucoup du souverain pontife lors de sa visite au Québec, il y a trois ans. Déjà incommodé par des problèmes de santé, le pape François avait passé trois jours au Québec, prenant le temps de rencontrer des dignitaires et de célébrer une messe à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré.
Ça a été une progression importante dans une démarche de réconciliation entre l'Église catholique et les peuples autochtones au Canada. Sa visite a été un peu le point culminant de ce processus, mais pas la fin en soi, encore faut-il le rappeler
, admet le grand chef.
La sénatrice Michèle Audette et ex-commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) estime que le passage du pape François a été « une onde de choc ».
Chaque jour, d'entendre un mot de plus sur une vérité qui a été cachée, qui a été étouffée ou niée depuis trop longtemps, ça a été pour moi, je vous dirais, une onde de choc d'entendre tout ça. Ça a été important : la planète au complet l'entend maintenant
, explique-t-elle.

La sénatrice Michèle Audette estime que la visite du pape François a été synonyme de progrès pour la réconciliation entre l'Église et les communautés autochtones.
Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Arsenault
Selon la sénatrice, le passage du pape François n’aura pas suffi à répondre à toutes les revendications. On ne les entend pas clairement les excuses
, qualifiant tout de même l'homme religieux de courageux
.
Le pape François avait demandé pardon auprès des communautés autochtones lors de sa visite, sans pour autant reconnaître explicitement le rôle de l’Église dans les dommages causés par les pensionnats.
Le leader huron-wendat abonde dans le sens de Michèle Audette.
Il a reconnu des sévices subis dans les pensionnats, notamment, mais ce n'était pas quand même des excuses au nom de l'institution, au nom de l'Église catholique
, croit M. Picard.
Un héritage tout de même précieux
Sur les réseaux sociaux, Gérald Cyprien Lacroix a réagi à la mort de celui qui l’a nommé cardinal en 2014.
Nous accueillons avec tristesse le décès de notre cher pape François, un grand serviteur de l’Évangile et un amoureux de l’humanité. Malgré l’immense tristesse de son départ, je rends grâce à Dieu pour sa vie donnée. Sa vie, son enseignement nous ont ramenés à la source de l’Évangile qu’est Jésus-Christ. Que le Seigneur l’accueille en vie éternelle
, a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Gérald Cyprien Lacroix a été nommé cardinal en 2014 par le pape François (Photo d'archives).
Photo : Radio-Canada / Steve Breton
Le maire de Québec Bruno Marchand voit en son décès une occasion de se rappeler le message de paix et l’invitation au dialogue qu’il avait prononcé à Québec à l’été 2022
.
Le décès du pape François est l’occasion de se rappeler le message de paix et l’invitation au dialogue qu’il avait prononcé à Québec à l’été 2022. Mes pensées l’accompagnent ainsi que tous ceux et celles qu’il a inspirés.
— Bruno Marchand (@brunomarchand.bsky.social) 21 avril 2025 à 09:05
Joint par l’équipe de Première heure, le jésuite Marc Rizzetto se remémore les quelques souvenirs qu’il a du pape François, qu’il a rencontré lors de sa visite en sol canadien.
Le pape François laisse à l'Église un héritage tout de même précieux. Il a marqué à plusieurs égards la vie de l’Église, de plusieurs hommes et de femmes
, mentionne-t-il.
À la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, le prêtre rédemptoriste Mario Doyle dresse également un bilan positif du règne du pape François.
On perd un être de relation, un être cher, un pasteur qui a cherché toute sa vie à être proche du peuple, de Dieu. Il a ouvert de nouvelles réalités, comme la présence des femmes dans l’Église, entre autres. Il y a des gens qui n’étaient pas d’accord avec ça
, dit-il.
Pas de retour en arrière possible
Qui prendra la relève du pape François? Trop tôt pour le savoir, mais, selon Pierre Picard, le successeur de l’Argentin devra impérativement poursuivre le travail qu’il a amorcé.
Ce serait tout à fait inacceptable, inadmissible et une gifle à notre tour qu'on recevrait si on avait un nouveau pape qui ne s'enclencherait pas lui-même dans le processus de la réconciliation et de la consolidation des ponts qui a été fait jusqu'à maintenant
, affirme-t-il.

Le grand chef de la Nation huronne-wendat, Pierre Picard, estime que le pape François a su créer des ponts entre l'Église et les peuples autochtones (Photo d'archives).
Photo : Radio-Canada
Le règne du pape François est « un début », précise, pour sa part, Michèle Audette. « La personne qui va être nommée... On ne lâche pas prise. »
Le grand chef huron-wendat espère aussi que le 267e pape aura cette empathie, cette compassion et cette d’ouverture d’esprit et de cœur aux réalités
auxquelles ont été soumises les peuples autochtones.
Marc Rizzetto abonde dans le sens du leader autochtone. La personne [qui succédera au pape François] devra aussi faire preuve d'imagination, de diplomatie, de politique, d'enseignement pastoral
, juge-t-il.
Une messe spéciale présidée par le cardinal Gérald Cyprien Lacroix est prévue mardi à 11 h à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. Lundi midi, le diocèse fera résonner les cloches à 88 reprises, en l’honneur du pape décédé à 88 ans.
Avec la collaboration de Philippe L’Heureux et Pierre-Alexandre Bolduc
Advertising by Adpathway




