Jonathan Sénécal croit pouvoir faire sa place dans le nid montréalais
Il faut remonter à 1985 pour retrouver le dernier quart-arrière canadien ayant piloté l’attaque des Alouettes de Montréal. Et bien peu d’équipes dans la Ligue canadienne de football (LCF) font confiance à des produits locaux pour diriger leur unité offensive. Mais Jonathan Sénécal croit avoir ce qu’il faut pour aider à renverser cette tendance. Sénécal fait référence à Taylor Elgersma, choisi au 2e tour (18e au total) par les Blue Bombers de Winnipeg, et Kurtis Rourke, sélectionné au 3e tour (25e au total) par les Roughriders de la Saskatchewan. Elgersma avait mené les Golden Hawks de Wilfrid Laurier en finale de la Coupe Vanier l’an dernier, finalement remportée par le Rouge et Or de l’Université Laval. Le pivot de 1,96 m (6 pi 5 po) a gagné le trophée Hec-Crighton, décerné au meilleur joueur universitaire au pays. Rourke est le frère de Nathan, quart des Lions de la Colombie-Britannique, qui a obtenu quelques essais au sud de la frontière au cours des dernières saisons. Kurtis, qui mesure 1,96 m (6 pi 4 po), a aussi été sélectionné au 7e tour dans la Ligue nationale de football (NFL) la semaine dernière. Sénécal est le moins grand du trio, à 1,83 m (6 pi), mais il possède une feuille de route tout aussi bien remplie. Il a notamment mené les Carabins à la conquête de la Coupe Vanier en 2023, décrochant du même coup le titre de joueur le plus utile. Le directeur général des Alouettes, Danny Maciocia, a même décrit cette cuvée comme étant possiblement la meilleure de l’histoire du pays chez les pivots. Bref, il y a des candidats intéressants, mais la route est encore longue pour eux. L’an dernier, des 33 quarts ayant participé à au moins un match dans la LCF, seulement deux étaient nés au Canada. Nathan Rourke et Tre Ford, qui devrait obtenir une occasion d'être partant avec les Elks d’Edmonton cette saison. Ce poste, si crucial au football, demeure la chasse gardée des Américains. Pourtant, plusieurs passeurs ont brillé au niveau universitaire canadien, mais n’ont pas été en mesure de franchir l’étape suivante. Du moins, pas à la même position. Mathieu Bertrand et Marc-Olivier Brouillette sont devenus respectivement centre-arrière et maraudeur, une fois dans les rangs professionnels. Jonathan Sénécal, lui, entamera son premier camp d’entraînement professionnel avec beaucoup d’assurance, et la mentalité d’un quart-arrière. Nathan Rourke a obtenu divers essais dans la NFL et a joué un match avec les Falcons d'Atlanta en août 2024. Photo : La Presse canadienne / Justin Tang L’athlète masculin universitaire par excellence en 2024 croit cependant qu’il bénéficie peut-être d’un avantage, par rapport à certains de ses prédécesseurs qui se sont butés à un mur, une fois dans la LCF. Il a pu prendre part l’été dernier à un stage avec les Alouettes dans le cadre d’une initiative mise en place par le circuit. Ce programme de développement a été créé en 2010, et a notamment permis à Tre Ford de côtoyer des professionnels une première fois en 2018, lors d’un camp chez les Alouettes, puis une seconde fois en 2019, avec les Tiger-Cats de Hamilton. L’Ontarien a ensuite été repêché au 1er tour par Edmonton. Le projet commence donc à porter ses fruits. En point de presse, Danny Maciocia a soulevé une modalité administrative qui joue en défaveur des pivots canadiens, selon le DG des Alouettes. Dans la LCF, les équipes doivent présenter une formation comprenant au minimum 21 joueurs nationaux, à chaque match, mais ce nombre exclut un quart-arrière réserviste. Un Canadien qui évolue au poste de no 2 ou no 3 ne compte donc pas parmi les 21 joueurs. Cela nuit aux chances d’un athlète local de se développer, croit le dirigeant. Maciocia croit que Sénécal aurait été sélectionné plus haut, n’eût été de cette règle, car sa présence comptabilisée comme joueur canadien, même comme quart réserviste, aurait offert à son équipe le luxe de faire jouer un Américain à une autre position. C’est une règle que je n’aime pas. Tu restes Canadien, si tu es partant, 2e ou 3e. Ça me fatigue énormément, j’espère qu’on va pouvoir changer la règle bientôt. Si on veut donner la chance aux Canadiens de s’établir à cette position, il faut revisiter ce règlement. Sénécal, lui, ne s’en fait pas trop avec les décisions administratives de la ligue et la couleur des passeports de ses coéquipiers. Il se rendra sous peu à Saint-Jérôme pour le camp de sa nouvelle équipe, persuadé qu'il aura l'occasion de bien se faire valoir. Et il se concentre sur le travail à accomplir. Son premier défi sera d'apprendre rapidement le cahier de jeu de sa nouvelle formation. Le camp des Alouettes commencera le 11 mai, puis leur premier match préparatoire aura lieu le 24 mai.On en voit de plus en plus des Canadiens dans la ligue. Il y a déjà Nathan Rourke, fait remarquer l’ancien des Carabins de l’Université de Montréal, repêché au 7e tour (62 au total) par les Moineaux, mardi. Et cette année, on est quand même trois à avoir été sélectionnés.
Il y a plusieurs très bons jeunes qui sont admissibles cette année, qui ont eu un très bon impact au niveau universitaire.
Les Alouettes, c’est vraiment une place où l'on va me laisser aller, me donner une chance. C’est à moi de la saisir et de créer une opportunité
, dit-il en entrevue avec Radio-Canada Sports.
En général, le niveau professionnel est assez difficile : la vitesse du jeu, la grosseur des gars, ce sont des enjeux qui impactent peut-être un peu plus les quarts, admet Sénécal. On rentre peut-être dans une ère où les quarts auront plus de chance, cependant. Il y a des gars qui sont en train de paver la voie pour nous, pour la relève.
Ça m’aide vraiment, surtout que moi, j'ai déjà fait le stage chez les Alouettes, donc j’ai déjà une petite idée du cahier de jeu. Ça va me donner une petite avance, mentionne le Montréalais. Je recommande à n’importe quel Canadien de faire ce camp-là, tu ne sais jamais où tu vas te retrouver après, ça peut juste être bénéfique.
Une règle qui nuit aux quarts canadiens, selon Maciocia
Les règlements ne sont pas les mêmes pour eux en ce qui concerne les ratios, a expliqué l’ancien entraîneur des Carabins de Montréal. Un quart partant peut avoir le statut de joueur canadien, mais si tu n’es pas un partant, tu ne comptes pas [dans le ratio]. Ça va probablement rendre les choses un peu plus difficiles pour eux.
Il faut créer ses propres opportunités, il faut juste se faire donner une chance. C'est à toi de prouver que tu peux jouer dans la ligue.
J'ai hâte d'avoir le cahier, pour commencer à l'étudier. C'est une chose que je vais devoir vraiment me préparer. Ça prendra du temps aussi pour développer le bon timing avec les gars. Sinon, c'est une question de rester dans la pochette, faire mes lectures, ce sera très important, sachant que ce sera des nouveaux jeux que je n'aurai jamais roulés encore.
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