Le poids santé, un concept obsolète?
L’IMC a longtemps servi à étiqueter les individus comme « normaux », « en surpoids » ou « obèses ». Mais, pour les experts en santé et nutrition, derrière ce calcul se cachent des réalités beaucoup plus complexes. Le professeur de kinésiologie de l’Université Laval, Jean-Pierre Després, se bat contre l’IMC depuis plus de trois décennies. Selon lui, ce calcul ignore des facteurs essentiels tels que la répartition des graisses corporelles, notamment autour de la taille, qui peuvent être plus révélateurs des risques de maladies cardiovasculaires et de diabète. Quand est-ce qu'on va avoir une campagne nationale sur le tour de taille? Qu'on va arrêter de parler du poids santé? Jean-Pierre Després, professeur de kinésiologie à l’Université Laval Photo : Radio-Canada / L'épicerie L’IMC est critiqué pour son manque de précision, car il ne fait pas de distinction entre la masse musculaire et la masse graisseuse. Ainsi, une personne très musclée peut avoir un IMC élevé, sans être pour autant en mauvaise santé. De même, une personne avec un IMC dans la Pour Jean-Pierre Després, il faut d’abord évaluer les facteurs comme l’activité physique, la qualité nutritionnelle et le tour de taille pour bien évaluer la santé d’un individu. D’autres voix s’élèvent pour dénoncer les effets néfastes de l’obsession du poids sur la santé mentale. Pendant des années, la pesée était fréquente dans les écoles secondaires. Elle a été abolie en 2017. Elle est cependant encore utilisée dans les cabinets médicaux. La doctorante en nutrition Julia Lévy-Ndejuru recommande de repenser la manière dont on mesure la santé. D’autant que l’IMC a été créé au 19e siècle pour une population essentiellement caucasienne. Selon Julia Lévy-Ndejuru, cet indicateur ne prend pas en compte l’ethnicité des personnes, dont les morphologies sont variables. La doctorante en nutrition Julia Lévy-Ndejuru recommande de repenser la manière dont on mesure la santé. Photo : Radio-Canada / L'épicerie Il ne prend pas non plus en compte l’âge des individus. Particulièrement chez les adolescents. Les médecins, eux aussi, doivent évoluer. Selon le professeur Després, il est crucial que les professionnels de la santé mesurent d’autres critères comme le tour de taille, et non seulement l’IMC, pour mieux comprendre les risques pour la santé. Et il ajoute qu’il ne faut pas nécessairement mettre l’accent que sur la nutrition. C'est bien beau de dire aux gens : vous devriez manger des fruits et des légumes, mais ça coûte cher. Le poids santé, un mythe à déconstruire Photo : Radio-Canada / L'épicerie Depuis janvier dernier, la communauté scientifique médicale a revu la définition de l’obésité sans tenir compte de l’IMC. Cette nouvelle définition se base sur des données probantes et sur des critères objectifs. Elle distingue l’obésité préclinique, soit un excès de poids qui n’a pas d'impact significatif sur la santé ni sur le fonctionnement des organes, de l’autre forme, l’obésité clinique, qui est une maladie chronique à soigner, car elle peut mener à des dysfonctions plus graves comme la maladie du foie gras et l’insuffisance cardiaque.Un indicateur encore fiable?
L’IMC : une mesure inadaptée

norme
peut souffrir de problèmes de santé liés à un excès de graisse abdominale, ce qui est beaucoup plus préoccupant, explique le spécialiste.Les conséquences de l’obsession du poids
L'activité physique, l'alimentation équilibrée et le bien-être émotionnel doivent primer sur la seule question du poids
, explique-t-elle.Un indicateur stigmatisant

On voit que l'IMC peut varier d'un groupe ethnique à un autre, explique la nutritionniste. Dans les populations noires, l’IMC est souvent plus élevé. Chez les personnes asiatiques, on sait qu'à un IMC plus faible, on peut quand même avoir un risque plus élevé, par exemple de diabète, même si on n’entre pas dans la catégorie d'IMC qu'on jugerait de trop élevé.
Pour des personnes qui sont en croissance, c'est encore moins intéressant, parce qu'on sait que le poids change rapidement : on peut avoir des poussées de croissance!
Un conseil pour les médecins
Je dis souvent aux gens : si vous ne mesurez pas régulièrement votre tour de taille, si votre médecin ne mesure pas le tour de taille, c'est du gros n'importe quoi en termes d'évaluation du risque pour votre santé.
L’activité physique, l'exercice, c'est le meilleur médicament qui existe pour rester en bonne santé, pour protéger vos fonctions cognitives, protéger vos fonctions vasculaires. Il n'y a aucun médicament qui approche les propriétés de l'activité physique régulière.
Quand on pense IMC, on pense contrôle du poids, ajoute Julie Lévy-Ndejuru. Parce que si on a un IMC élevé, la solution, c’est que la personne perde du poids. Mais aujourd'hui, on sait qu'on est capable d'améliorer la santé de quelqu'un sans que son poids bouge.

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