Sainte-Flavie apprivoise son nouveau visage
À l’aube d’une autre saison touristique, les citoyens et entrepreneurs de Sainte-Flavie qui se trouvent dans la zone où la plage a été rechargée l’automne dernier s'approprient peu à peu ce tout nouveau décor qui modifie leur lien avec le fleuve. Ils jonglent entre nostalgie et résilience, conscients qu’il fallait à tout prix protéger leur précieux littoral des assauts du Saint-Laurent. Lui-même entrepreneur, il salue la résilience dont font preuve ses concitoyens qui exploitent un commerce le long du fleuve. On est attachés à notre territoire. Il y a un caractère très émotif de le voir transformé d’une telle manière. La microbrasserie Le Ketch, dont il est copropriétaire, a vu sa mythique terrasse changer du tout au tout en l’espace de quelques mois. Pour profiter des couchers de soleil sur le fleuve, les amateurs de bière auront à se hisser sur la bande de pierres et de sable qui a pour fonction de protéger les berges au cours des 30 prochaines années. La vue sur le fleuve est maintenant obstruée sur la terrasse de la microbrasserie Le Ketch. Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger L’une des terrasses situées à l’arrière de l’établissement sera aussi agrandie pour accueillir davantage des personnes et leur offrir un meilleur point de vue sur le littoral. Le projet de 26 millions de dollars qui a nécessité près de 22 000 voyages de pierre et de sable dans des camions-bennes impose un temps d’adaptation. S’adapter, c’est justement ce que fait Serge Lemay. Depuis une vingtaine d’années, il loue le Chalet des Tournesols qui se trouvait au fond de sa cour et offrait un accès direct à la plage. La recharge de la plage a forcé le déménagement de son chalet. Le petit bâtiment est maintenant situé tout près de sa résidence principale. Serge Lemay est propriétaire d'un chalet qu'il loue à des touristes. Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger L’homme qui était aux premières loges lors des grandes marées de 2010 comprend que ce sacrifice était nécessaire pour le bien de sa communauté. C’est un chamboulement complet de l’environnement puis on doit composer avec. On n’a pas le choix. N’empêche, il avoue avoir été très amer par rapport à la recharge de la plage. Le temps a fait son œuvre et au rythme des vagues et des marées, Serge Lemay a retrouvé la sérénité. Pour la prochaine haute saison touristique, il enregistre une diminution des réservations de son chalet de l’ordre de 20 %. Il n'est cependant pas en mesure de l’attribuer au nouveau panorama qui s’offre aux vacanciers. M. Lemay promet d’être attentif aux commentaires des touristes qui vont séjourner chez lui cet été. Le terrain de Serge Lemay a considérablement rétréci en raison de la recharge de la plage. La vue sur le fleuve est partiellement obstruée depuis la porte de son chalet. Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger À l’extrémité est de la recharge, toute l’équipe du Centre d’art Marcel Gagnon s’active en vue de l’ouverture de l’auberge et du restaurant ce vendredi. M. Gagnon et son équipe ont aussi apporté des modifications dans la salle à manger. Les tables ont été rehaussées de quelques pouces et de nouvelles chaises, plus hautes, ont été achetées par l’entrepreneur qui a pris les rênes de l’entreprise familiale. Son restaurant offrira dorénavant un menu simplifié d'aliments à emporter pour aller manger au sommet de la recharge de plage. Il n'exclut pas à court terme de faire relever la salle à manger en l’installant sur des fondations plus hautes. Le propriétaire de Centre d'art Marcel Gagnon, Guillaume Gagnon Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger Guillaume Gagnon a d’ailleurs avisé son équipe que tous les clients sans exception risquent de poser des questions sur l’énorme butte qui trône désormais à l’arrière du commerce. Le restaurateur et artiste peintre a notamment fait préparer des panneaux explicatifs qui seront sous peu installés dans la cour du Centre d’art pour décrire les travaux qui ont été effectués. Je ne suis pas capable encore d’habituer mon œil. Je regarde dehors puis je fais encore un saut à chaque fois. Les célèbres sculptures de son père Marcel émergent encore du fleuve. Les quelque 80 pièces emblématiques qui forment l'œuvre Le Grand Rassemblement seront encore bien visibles, mais pas depuis la route 132. Il faudra monter sur la recharge de plage pour les admirer. À quelques pas de la microbrasserie Le Ketch, l’artiste Serge Desbiens s’affaire à terminer une toile dans son atelier-galerie. Il s'accommode assez bien du nouveau décor puisque sa maison est plus éloignée de la plage. Son aménagement paysager permet d’atténuer le choc visuel. Le peintre Serge Desbiens dans son atelier-galerie de Saint-Flavie Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger À compter du 15 mai et jusqu’à la mi-juin, la pente sera ensemencée de graines d’élymes des sables. Des plants qui avaient été retirés avant les travaux seront transplantés sur la recharge de plage. Selon lui, la Municipalité en est consciente et la pente sera aménagée de manière à ne pas obstruer davantage la vue.Il faut le mentionner, Sainte-Flavie était dans les études, l’une des municipalités les plus touchées au Québec par ces phénomènes de changements climatiques et d’amplification des tempêtes
, rappelle le maire, Jean-François Fortin.Ils sont créatifs, audacieux, ingénieux et de ce qu’on entend, ils vont s’approprier progressivement ce nouveau décor
, lance M. Fortin.
Nous allons installer des tables de pique-nique sur le dessus de la recharge, ce qui est permis par le ministère de la Sécurité publique, pourvu que l’intervention soit ponctuelle, n’est pas permanente
, explique le maire.Notre vue, on l’a pareille, mais ce n’est plus comme avant
, commente-t-il.Je me suis déjà habitué, mais ça a été un choc au début quand ils me l’ont annoncé. J’ai décidé de regarder en avant et d’aller de l’avant
, confie M. Lemay.
C’est pour sauver nos bâtiments et c’est le moyen qu’ils ont trouvé.
Ils savent à quoi s’attendre. Je l’ai bien mentionné sur ma page web.

En premier lieu, ça va être d’aménager des sentiers, des marches pour pouvoir monter. Avant c’était pour descendre [sur le rivage], mais là, c’est pour monter
, affirme le propriétaire, Guillaume Gagnon.Ce n’était pas prévu, mais c’est dur de penser que chez nous on ne peut pas voir la mer
, précise le propriétaire.
On ne peut pas tout avoir dans la vie. J’aurais aimé garder la vue qu’on avait. C’est un deuil, mais on aime mieux regarder le côté positif. Il y a beaucoup de monde qui prend une marche là-dessus
, relativise M. Gagnon. On va avoir le droit de mettre un escalier. Il y en a déjà qui ont commencé
, affirme le peintre. M. Desbiens se sent maintenant en sécurité chez lui, même lors des périodes de fortes marées.
Ça monte trois pieds de haut, une élyme des sables. S’ils en mettent sur le bord, on perd encore la vue de trois pieds
, avance le peintre.
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