Les infractions sexuelles commises par les ados passent-elles sous le radar?
Sur un ton désappointé, Stéphanie Leduc constate que l’acceptabilité sociale est très faible lorsqu’elle parle d’intervention auprès des contrevenants sexuels, qu’ils soient mineurs ou adultes. Cette cause est difficile à défendre auprès du public et du gouvernement, à cause de certains mythes persistants.
Beaucoup de personnes pensent qu’on aide les agresseurs, comme si on était leurs amis, déplore la directrice générale du RIMAS. Alors que c’est faux. On fait partie de la lutte contre les violences sexuelles, en travaillant directement à la source du problème.
« Notre rôle, c’est de fermer le robinet. Même si c’est essentiel et que ça semble évident, quand on dit qu’il faut investir des sommes pour ces personnes-là, ça se braque parce que c’est de l’argent pour des jeunes ou des adultes qui ont commis des infractions sexuelles. »
À cet effet, les impacts de la prise en charge de cette délinquance profitent d’un éclairage nouveau. Une méta-analyse menée par des chercheurs du Québec et de la Colombie-Britannique démontre que les taux de récidive chez les délinquants sexuels de tous âges ont chuté de 45 à 60 % depuis les années 1970, au Canada et aux États-Unis.
Publiée dans le Journal of Criminal Justice en 2024, cette analyse souligne que la baisse des récidives est plus substantielle au Canada
, qui se distingue avec sa stratégie de gestion de risque et d’accompagnement. Pendant des décennies, le phénomène est largement resté inaperçu de la communauté scientifique et de la classe politique.
En ce sens, Julie Carpentier juge que les jeunes contrevenants doivent être responsabilisés face à leurs gestes, mais qu’ils doivent aussi avoir la chance de faire amende honorable.
De nombreuses études le démontrent bien : des sanctions purement punitives qui stigmatisent ces adolescents, ça ne fait que nuire à la poursuite de leur développement, indique la professeure à l’UQTR. Ça amplifie le risque qu’ils empruntent une trajectoire de délinquance, plutôt que de la prévenir.
Aujourd’hui majeures, Sha’nyce Mocombe, Kenza Chahidi et Fedjina Saint-Jean profitent du fait qu’elles soient rassemblées pour une entrevue afin de revisiter des années de militantisme. Les trois femmes se disent fatiguées d’avoir mené ce combat. Leur revendication d’instaurer une loi-cadre dans les écoles est soutenue par les partis d’opposition à Québec, mais est restée lettre morte auprès du gouvernement en place.
« Il y a beaucoup d’impacts sur la culture dans une école secondaire. Si on voit qu’il n’y a pas de conséquences après ces actions, la culture des violences sexuelles est mise de l’avant. Même si une personne ne commet pas ces actions, ça lui montre que c’est accepté ou normal. »
En plus d’un soutien accru aux victimes, normaliser la prise en charge des jeunes qui commettent une violence sexuelle constituerait une grande avancée dans les écoles, croit-elle.
Si personne ne les aide, on ne va jamais avancer. Oui, il faut des actions pour les victimes, mais il faut des actions des deux côtés, c’est comme ça qu’on règle un problème.
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