Un anesthésiste de l’Outaouais doit s’exiler pour travailler
Alors que les hôpitaux de la région manquent de médecins, le Dr Trevor Hennessey, anesthésiste au CISSS de l'Outaouais, doit, lui, parcourir des centaines de kilomètres pour pouvoir travailler. La fermeture de plusieurs salles d’opération de la région, en raison du manque de ressources, oblige de nombreux médecins à s’exiler. La situation peut sembler ironique, mais elle ne fait vraiment pas sourire le Dr Hennessey qui déplore de devoir faire des remplacements à l’extérieur de la région pour avoir des heures de travail alors que la région est en pénurie de soignants. Sauf qu'en Outaouais cet été, seulement sept salles d'opération sur 19 seront ouvertes, a confirmé à Radio-Canada le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, samedi avant-midi. Au cours des deux derniers mois, l'anesthésiste s’est retrouvé quatre semaines sans travail. Il s’est résigné à aller travailler ailleurs pour laisser les heures de travail disponibles en Outaouais à ses collègues étrangers qui ne peuvent pas exercer dans d'autres régions en raison de visas restrictifs. Ces jours-ci, l'anesthésiste fait du remplacement à l'hôpital de Roberval dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean confirme que les besoins en anesthésiologistes pour cette région sont bien présents, surtout pour les secteurs de Roberval et de Dolbeau-Mistassini. Il faut plusieurs soignants pour ouvrir un bloc opératoire. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada Tandis que le Dr Hennessy a pris la décision de faire des remplacements ailleurs pour travailler, certains médecins ont carrément pris la décision de quitter la région définitivement pour exercer leur métier. C’est le cas de la Dr Mélanie Roy, anesthésiste originaire de l’Outaouais, qui a décidé de quitter Maniwaki après plus de 12 ans de pratique pour s'installer récemment à Lévis, fatiguée de faire des remplacements à l'extérieur pour avoir des heures de travail. Je voulais continuer à faire ce métier-là, mais ce n'était plus possible de le faire dans de bonnes conditions en Outaouais Même si la liste d’attente de patients en attente d'une chirurgie s’allonge de jour en jour, le manque de personnel soignant, notamment d'infirmières de blocs opératoires, oblige le Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de l'Outaouais à fermer plusieurs salles d’opération. La situation au bloc opératoire, c'est pas juste un bateau qui coule. L’eau est sur notre nez. L'Outaouais connaît un exode important de ses soignants en raison de meilleurs salaires du côté de l'Ontario et des conditions de travail difficiles dans les hôpitaux. Le départ de nombreux collègues, dont celui du seul chirurgien vasculaire de l’Outaouais, illustre selon le Dr Hennessey que la situation ne va pas bien dans la région. Ému aux larmes, l'anesthésiste rappelle que c’est difficile de reconstruire une équipe à chaque départ. Le Dr Hennessey appelle les autorités à rendre le métier de soignant plus attrayant et à offrir au personnel de bonnes conditions pour qu'il puisse avoir un meilleur équilibre travail-famille. Invité par Radio-Canada à commenter la situation, le CISSS de l’Outaouais n'a toujours pas répondu. Santé Québec, pour sa part, nous a redirigés vers la direction de la santé régionale. Le porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, également député de Pontiac, déplore de son côté cet énième chapitre Le député libéral de Pontiac, André Fortin. Photo : Radio-Canada / Nickolas Persaud Le député libéral appelle le gouvernement Legault à mettre en place Le cri du cœur du Dr Hennessey arrive au moment même où la polémique sur le rendement et la rémunération des médecins fait rage dans le cadre du projet de loi 106. Une polémique qui attriste l'anesthésiste, qui rappelle qu'il est prêt à accepter de parcourir des kilomètres pour servir la population et que cette fin de semaine il sera de garde tout la nuit. Quand le gouvernement dit que les médecins ne font pas leur part, qu'ils ne veulent pas travailler, qui ne veulent pas servir la population, ça nous touche, ça endommage les relations aussi. Même son de cloche du côté de la Dre Roy. Enfin, malgré les temps difficiles, le Dr Hennessey n'envisage pas de déménager, mais les choses pourraient changer. Avec les informations d'Alexandra Angers, d'Ann-Sophie Gagné et de Camille CussetSi j’avais l’option de rester dans ma région, je resterais dans ma région, mais je fais ça pour aider
, souligne-t-il.J'ai volontairement accepté de chercher du travail ailleurs et j’ai fait une demande pour mon permis en Ontario
, explique-t-il. J'ai ainsi travaillé à l'hôpital Montfort, l'année passée, pour libérer la place pour mes collègues qui ne pouvaient pas déplacer leur vie, leur travail.

La différence entre [le Dr Hennessy] et moi c'est que moi, par exemple, j'étais arrivée au point de rupture où ce n’était pas un scénario qui pouvait perdurer dans ma vie, dans ma pratique future, de continuer à faire du remplacement comme ça de façon aussi régulière et aussi loin de chez moi. Donc, moi j'ai vraiment fait le saut pour déménager ma pratique.
Le nerf de la guerre, c'est le recrutement d'infirmières
, dit la Dre Roy qui a vu de nombreux collègues comme elle partir ailleurs. Chaque fois qu'on voit une infirmière, un préposé, un inhalothérapeute quitter, que ce soit pour aller à Ottawa, ou pour aller dans le milieu privé, c'est crève-cœur. C'est comme un petit deuil à chaque fois, mais là, les deuils s'accumulent. Puis les trous, eux, ne sont pas remplis.
Un exode de soignants
C'est de la détresse morale pour les infirmières, mais aussi pour les médecins, c'est nos familles, c'est nos voisins
, dit, bouleversé, le Dr Hennessey. J'ai des collègues avec qui j'ai travaillé pendant 15 ans qui quittent.
catastrophique
du livre noir de la santé en Outaouais.
Ce n’est pas digne d'une région de presque 500 000 personnes. Ce n’est pas digne de la 4e plus grande ville du Québec de ne pas avoir de chirurgien vasculaire, de ne pas avoir de [chirurgiens] plasticiens, d'avoir des anesthésistes qui sont obligés d'aller dans d'autres régions juste pour être capables de voir des patients, de travailler
, déplore André Fortin. On mérite mieux que ça. Les patients de la région méritent mieux que ça.
un plan d'embauche spécifique à l'Outaouais
pour faire rouler les salles d’opération de la région.On ne joue pas aux victimes
Certains politiciens disent, à chaque fois qu'on embarque sur la discussion du mode de rémunération, que les médecins jouent les victimes. Je ne pense pas qu'on joue les victimes. Je pense que dans le fond, ce qu'on veut dire, c'est qu'on est prêt à soigner, on est prêt à donner le service, puis s'il faut un changement de mode de rémunération, c'est correct [...]. Mais il faut nous donner les moyens de soigner adéquatement et efficacement. Là, on est encore à l'ère du fax
, déplore-t-elle.On va voir la direction, voir avec ma situation familiale et prendre cette décision
, confie l'anesthésiste. Là, je veux rester. Je planifiais de travailler en Outaouais jusqu'à ma retraite
, conclut-il sur un ton résigné.
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