Rugby féminin : le Canada en quête de gloire contre vents et budgets
Toujours classée au deuxième rang mondial, l’équipe canadienne féminine de rugby à 15 continue d’impressionner sur la scène internationale. Pourtant, elle demeure l’une des formations les plus sous-financées parmi l’élite mondiale du rugby féminin. Consciente de l’écart grandissant avec les ressources dont disposent ses rivales européennes et océaniennes, Rugby Canada a lancé en mars 2025 une campagne de financement participatif intitulée Le but des Canadiennes à ce tournoi est ambitieux : renverser les Red Roses, l’équipe anglaise largement en avance dans le classement mondial, qui évoluera à domicile. Rugby Canada souhaite donc amasser un million de dollars pour offrir à ses joueuses les meilleures conditions possibles. Ce financement s'ajoute à un budget alloué déjà existant de 2,6 millions de dollars, qui couvre les préparatifs pour la Coupe du monde et qui n'est pas menacé. L’argent récolté par la campagne permettrait cependant d’optimiser les camps d'entraînement, le transport, l’hébergement et le suivi nutritionnel des athlètes. Lors de la dernière Coupe du monde, en 2022, l’équipe canadienne avait terminé au quatrième rang sur douze équipes participantes. Depuis, le programme n’a cessé de progresser, nourri par le talent de nombreuses joueuses issues également de l’équipe de rugby à 7, qui a remporté une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Paris 2024. L'équipe canadienne de rugby à 7 célèbre sa médaille d'argent aux Jeux olympiques de 2024, à Paris. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld Parmi elles, Justine Pelletier, originaire de Rivière-du-Loup, a partagé son point de vue avec CBC Sports : Contrairement à leurs homologues anglaises et françaises, les joueuses canadiennes évoluent avec le statut amateur et ne reçoivent aucun salaire pour représenter leur pays. Les joueuses de la France, de la Nouvelle-Zélande et de l’Angleterre bénéficient quant à elles d’un salaire à temps plein, depuis quelques années. Rugby Canada souligne néanmoins que même en atteignant un budget de 3,6 millions grâce aux donations, l’équipe de rugby à 15 canadienne resterait largement sous-financée par rapport à ses adversaires. C’est dommage parce que la disparité entre les programmes au niveau mondial n’est pas tout à fait comprise ou équitable, parce qu'on est l’une des nations qui fait en ce moment fureur sur les terrains. En effet, Rugby Canada a déclaré des revenus de 15,6 millions de dollars en 2023 et des dépenses de 15,1 millions de dollars. Environ 4 millions de dollars de ces revenus proviennent de World Rugby et 3,4 millions de dollars de Sport Canada. Ces chiffres comprennent le revenu de toutes les équipes nationales, y compris hommes et femmes, et rugby à 15 ou rugby à 7. En novembre, la Rugby Football Union d'Angleterre a quant à elle enregistré des revenus de 175,2 millions de livres (325,3 millions de dollars) dans son rapport annuel 2023-24. En comparaison, la Fédération française de rugby (FFR) a généré des revenus de 206 millions d’euros (environ 325,3 millions de dollars canadiens) lors de l'exercice 2023-2024. De son côté, New Zealand Rugby a annoncé des revenus record de 285 millions de dollars néo-zélandais (environ 240 millions de dollars canadiens) pour l'exercice 2024. Ces chiffres illustrent l'ampleur des ressources financières dont disposent les fédérations de rugby des principales nations concurrentes du Canada. Bien que le programme de rugby à 15 féminin ne soit pas menacé à court terme, la qualité de son financement soulève des questions. La Louperivoise d'origine Justine Pelletier au jeu lors de la World Rugby Pacific Four Series, en 2023. Photo : AFP / Andre Ringuette La situation est d’autant plus préoccupante que le rugby féminin connaît une croissance rapide au Canada. Cette précarité menace non seulement la compétitivité à long terme de l’équipe canadienne, mais aussi la consolidation d’un écosystème sportif encore jeune et fragile. Pour Justine Pelletier, le message est clair : C’est plus que du sport, c’est la promotion des jeunes femmes au Canada. Malgré tout, elle garde foi en l’avenir. L’équipe mise sur la résilience et la solidarité, convaincue que ses efforts finiront par porter leurs fruits. - Avec les informations de Jay Turnbull, de CBCMission : gagner la Coupe du monde de rugby 2025
. Il a pour objectif de mieux encadrer l’équipe en vue du tournoi mondial, qui se tiendra en Angleterre du 22 août au 27 septembre prochain.La recherche de soutien pour envoyer l'équipe canadienne la mieux préparée à la Coupe du monde de rugby 2025
est mise de l’avant sur le site de l'organisation. À quelques semaines seulement de la compétition, plus de 50 % de l’objectif a déjà été atteint.
Les sous qu’on ramasse, c’est pour toute notre préparation : les hébergements, les transports, et aussi pour payer les athlètes. C’est tout ce qui encadre une tournée et qui nous permet de nous entraîner.
Même si on est la deuxième équipe au monde, c’est incroyable. Pour se rendre jusqu’au match, ça nous prend toujours plus d’efforts , déplore Pelletier. C’est fatigant des fois de s’adapter, et on aimerait ça parfois pouvoir respirer un peu.
Une disparité de financement flagrante
Les ressources, on va les chercher en dedans de nous; la performance c’est plus que juste des sous
, affirme Justine Pelletier pour expliquer le succès de l’équipe malgré les défis.Juste par notre engagement, le sacrifice que les joueuses font, autant financièrement que de façon individuelle, ça a payé d’une en termes de performance.
« Plus que du sport »
C’est dans le coin de nos têtes. On essaie de ne pas trop y penser, parce que c’est une année à la fois. [...] Mais c’est sûr qu’on se pose des questions. Est-ce qu’on aura une tournée ? J’imagine que nos résultats vont peut-être aider à faire avancer le programme
, explique Justine Pelletier.
Notre phrase, c’est be water
, dit-elle, en référence à la célèbre métaphore de l’acteur Bruce Lee. Peu importe ce qui va nous arriver, on va le contourner et arriver à s’en sortir.
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