Incohérence dans des études du ministère des Pêches au sujet du pou du saumon
Des membres de la communauté scientifique alertent le public au sujet des incohérences révélées dans des études du ministère canadien des Pêches au sujet du pou du saumon. Le pou du saumon, ce parasite qui se nourrit de la peau du poisson et affaiblit son système immunitaire, fait régulièrement partie des points de discorde dans les discussions entourant la salmoniculture et la protection des espèces de saumon sauvage. Au début de 2023, le ministère des Pêches et des Océans du Canada a publié une étude sur l’effet du pou Lepeophtheirus salmonis (nouvelle fenêtre) provenant des fermes de saumon d’élevage de la Colombie-Britannique sur les populations de saumon sauvage du Pacifique. La conclusion du Ministère était alors la suivante : La Colombie-Britannique, qui se partage la production nationale de saumon avec les provinces de l’Atlantique, produit à elle seule plus des deux tiers des saumons d’élevage au pays. (Photo d'archives) Photo : Clayoquot Action Des membres de la communauté scientifique critiquent alors la méthodologie employée par le ministère canadien. Seize professeurs et chercheurs d'universités canadiennes et américaines adressent une lettre à la ministre des Pêches de l’époque (nouvelle fenêtre), Joyce Murray. Selon eux, le rapport de Pêches et Océans Canada Les chercheurs rappellent aussi l’existence d’une littérature scientifique étoffée réalisée au Canada et ailleurs qui atteste du lien entre les infestations de poux dans les élevages de saumon et les populations sauvages. L’affaire se rend également devant le Commissaire à l’information du Canada, (nouvelle fenêtre) qui exige que le Ministère communique les données utilisées pour son rapport, ce à quoi ce dernier répond en avril dernier. Parallèlement, le Ministère publie une nouvelle étude (nouvelle fenêtre) (en anglais), rédigée sensiblement par les mêmes auteurs qu’en 2023, qui dresse des conclusions nettement différentes. Le nouveau rapport du gouvernement fédéral, publié au début du mois de juin, révèle Alexandra Morton a commencé à étudier le pou du saumon en 2001. Elle a pris part à de nombreuses poursuites judiciaires menées contre l'industrie et a fait partie des témoins lors de la commission Cohen. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Sophie Chevance Ce n’est pas sérieux d’avoir un ministère fédéral qui dit une chose et son contraire. Cela sème la confusion au sein de la population canadienne. Pêches et Océans Canada n’a pas répondu à nos questions. Aux yeux du scientifique, la situation est un exemple du conflit d’intérêts qui existe au sein du Ministère. Tant que nous aurons un ministère au double mandat, à savoir protéger les océans et promouvoir l’industrie des pêches et de l’aquaculture, nous devrons nous équiper d’un cadre scientifique solide et indépendant, car le Ministère a échoué à plusieurs reprises à donner des avis scientifiques exacts sur des questions où des intérêts directs sont en jeu. Dans les îles Discovery, une région cruciale pour la migration du saumon sauvage, Ottawa a décidé à la fin de 2020 de fermer les installations à la suite d’une des recommandations du rapport de la commission Cohen, publié en 2012. (Photo d'archives) Photo : Fournie par Mowi Pour protéger les espèces de saumon sauvage en déclin, le gouvernement fédéral s'est engagé en 2019 à mettre un terme aux entreprises de saumon d'élevage à filets ouverts dans l’océan en Colombie-Britannique. L’industrie devait fermer ses portes en 2025, mais Ottawa a décidé l’an dernier de repousser l’échéance à 2029. Depuis la nomination du Cabinet de Mark Carney, la biologiste Alexandra Morton et d’autres espèrent que la nouvelle ministre des Pêches, Joanne Thompson, tiendra compte de l’état critique du saumon sauvage sur la côte ouest et honorera les engagements pris pendant l’ère Trudeau.Aucune association statistiquement significative n’a été observée entre la pression d’infestation attribuable aux fermes d’élevage de saumon atlantique et la probabilité d’infestations de L. salmonis chez le saumon kéta et le saumon rose juvéniles sauvages
, dans des régions où sont exploitées les fermes d’élevage.
est loin de satisfaire aux normes d'un examen par les pairs indépendant et crédible, et d'une science susceptible d'être publiée
.une relation positive significative entre la pression d'infestation dérivée de l'élevage et la prévalence de L. salmonis sur le saumon sauvage
.Des conclusions saluées, mais des doutes au sujet du Ministère
La nouvelle étude a été faite dans les normes scientifiques, revue notamment par des pairs
, souligne Sean Godwin, professeur adjoint en aquaculture durable à l’Université de Californie à Davis et un des signataires de la lettre envoyée au Ministère il y a deux ans.Il reste que le gouvernement ne peut pas retourner sa veste de la sorte sur des questions aussi importantes dans le dossier du saumon
, estime pour sa part la biologiste Alexandra Morton.
Nous avons maintenant deux rapports gouvernementaux aux conclusions opposées et nous souhaitons que Pêches et Océans retire sa première publication, indique Sean Godwin, car l’industrie du saumon d’élevage l’utilise à son escient, dans l’espoir que ses fermes d’élevage restent ouvertes.
Je ne sais pas pourquoi nous sommes encore dans ces discussions au sujet du pou du saumon
, déplore pour sa part Stan Proboszcz, analyste principal des sciences et des politiques auprès de l’organisme de protection du saumon sauvage Watershed Watch Salmon Society.
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