La pénurie de professionnels s’accentue dans les écoles du Québec
L’année scolaire qui se termine a donné des maux de tête à de nombreuses directions d’écoles. Comme cela a été le cas au cours des dernières années, plusieurs postes de professionnels sont restés non pourvus. Leur nombre a même augmenté au cours des derniers mois. Selon des données du ministère de l’Éducation du Québec, on comptait 673 postes de professionnels à pourvoir à la mi-septembre, alors qu’on en dénombre maintenant 732. C’est une hausse de 9 % depuis le début de l’année scolaire. Le président de la Fédération québécoise des établissements d’enseignement (FQEE), Nicolas Prévost, affirme qu’il est plus difficile que jamais de recruter des professionnels pour travailler dans les écoles. Des directions d’écoles ont perdu des professionnels depuis le début de l’année scolaire, déplore-t-il, alors qu’il y a de plus en plus d’élèves qui ont besoin d’aide. Les employés quittent le réseau parce qu’ils sont à bout de souffle ou parce qu’ils veulent de meilleures conditions de travail et salariales, avance M. Prévost. Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec (FPPE), est préoccupé par tous ces professionnels qui choisissent de partir. C’est une hémorragie qui est là depuis plusieurs années. On est très inquiets. D'après lui, Québec ne doit pas que bonifier les salaires pour renverser la tendance; il doit aussi améliorer les conditions de travail. La hausse du nombre de postes à pourvoir est plus marquée dans certaines spécialités. C’est le cas chez les psychoéducateurs. Depuis le début des classes, en septembre, le nombre de postes non pourvus est passé de 198 à 229, soit une augmentation de près de 16 %. Une donnée qui n’étonne pas Lara Quevillon, une psychoéducatrice qui a vu des collègues quitter leur emploi au cours de la dernière année parce qu’ils trouvaient leur charge de travail trop lourde. Elle déplore Même situation chez les orthophonistes, où le nombre de postes non pourvus est passé de 179 à 214 pendant l’année scolaire, soit une hausse de près de 20 %. Les jeunes orthophonistes préfèrent aller travailler au privé plutôt que d’aller travailler dans quatre ou cinq écoles, dans des locaux exigus, dans des conditions qui ne sont pas faciles. Roch Grenier, un psychologue, a décidé de quitter le réseau scolaire au cours de la dernière année et d’ouvrir sa propre clinique. M. Grenier bénéficie aussi de bien meilleures conditions de travail, affirme-t-il. Il soutient que le personnel de son ancienne école lui recommande désormais des élèves qui ont besoin d’aide. Le président de la Fédération québécoise des établissements d’enseignement signale qu’avec tous ces professionnels qui manquent dans les écoles, certains élèves n’arrivent pas avoir tous les services dont ils auraient besoin. Pour Jacques Landry, les effets du manque de professionnels dans les écoles sont dramatiques. M. Landry craint que la situation se détériore en raison du contexte budgétaire. Il redoute que les centres de services scolaires éliminent les postes de professionnels non pourvus pour faire face aux restrictions budgétaires. Et alors que le nombre de postes de professionnels à pourvoir dans le réseau de l’éducation a augmenté, le nombre de postes d’enseignants à pourvoir a quant à lui diminué de près de 10 % pendant l’année scolaire. On compte 6300 postes de professionnels dans le réseau de l'éducation, 11,5% de ces postes ne sont pas pourvus.Il y a de plus en plus de postes vacants chez les professionnels, constate-t-il. C’est parce que des gens quittent le milieu de l’éducation.
Moi, ce que j’ai pu voir, c’est que les gens qui sont partis pendant l’année, c’était pour s’en aller vers le privé.
Il y en a un grand nombre aussi qui partent à la retraite et qu’on ne réussit pas à remplacer, insiste-t-il. On n’arrive pas à attirer de jeunes talents.
le manque de ressources. On a beaucoup de monde à voir. Il faut se dépêcher parce que la clientèle s’alourdit et que les besoins augmentent.
La raison principale pour laquelle je suis parti, c’est vraiment la rémunération. Dans le réseau public, j’aurais pu faire 115 000 $. Dans le privé, je vais avoir une rémunération d'environ 150 000 $ en travaillant un maximum de 30 heures par semaine.
Dans ma propre clinique, j’ai du contrôle sur mon horaire, j’ai une flexibilité qu’on n’a pas nécessairement dans le réseau.
Les élèves sont les grands perdants
Ça fait en sorte que les élèves n’ont pas d’évaluation et souvent pas de services. Savoir que nos élèves n’ont pas de services, c’est décourageant
, dit Nicolas Prévost. Les listes d’attentes pour évaluer et aider les élèves s'allongent, alors que les besoins ne cessent d’augmenter, déplore-t-il.On croit que tous les élèves qui ont des difficultés au Québec devraient recevoir des services adéquats, dit-il. Les professionnels qui sont en poste se donnent corps et âme pour bien faire leur travail, sauf que souvent, ce n’est pas suffisant.
Historiquement, les professionnels, ça a toujours été la marge de manœuvre des centres de services scolaires, rappelle-t-il. On se dit : "Ça va être encore des postes qui vont être abolis ou qui seront non pourvus parce qu’ils ont des surplus à aller chercher." Donc, on est très inquiets.
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