Le café, coincé entre l’inflation et la réduflation
Si vous n’êtes pas prêt à vous passer de votre café du matin, préparez-vous à le payer plus cher. Cette boisson dont la demande ne faiblit pas subit les conséquences du réchauffement climatique, condamnant ses amateurs à voir son prix grimper ou son format, diminuer. Sur les tablettes des épiceries, le changement frappe. Deux contenants du même café Van Houtte, souvent à un prix identique, se côtoient; l’un de 908 g et l’autre de 640 g. C’est une réduction de format de près de 30 %. D’autres consommateurs l’ont aussi remarqué en ligne. À l’automne, IGA présentait d’ailleurs le format réduit – vendu au rabais – comme un Le format de 640 g, tout comme celui de 908 g, se vendait à 19,99 $ en promotion. Photo : Capture d'écran Le plus gros des deux contenants s’est parfois même vendu à meilleur prix chez les détaillants qui cherchaient à écouler les stocks afin de faire place au nouveau format, ce qui laisse tout de même un goût amer aux consommateurs nous ayant prévenus de ce cas récent de réduflation. Keurig Dr Pepper Canada, à qui appartient aujourd'hui Van Houtte – une entreprise fondée à Montréal en 1919 – confirme avoir À la bourse, le prix du café vert ne cesse en effet de grimper sur le marché mondial depuis 2023. Il avait atteint un sommet jamais vu en un demi-siècle cet automne avant de poursuivre son envol au cours des dernières semaines. En cause : le réchauffement climatique. Comme le jus d’orange, le chocolat et même l’huile d'olive, le café figure lui aussi sur la liste des denrées les plus menacées par les bouleversements du climat. Une sécheresse et des feux de forêt ont notamment compromis les récoltes du Brésil, le principal exportateur de café arabica. Quant au Vietnam, plus grand producteur de grains robusta, la sécheresse s’est mêlée à de fortes pluies qui ont ravagé les cultures. Le marché mondial du café traverse depuis deux ans plusieurs perturbations majeures qui affectent l’ensemble de l’industrie, entraînant une hausse des coûts à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement. Sans oublier la spéculation dont le café est l'objet sur les marchés boursiers ainsi que la nouvelle réglementation européenne contre la déforestation et la dégradation des forêts, rappelle l’agronome et économiste Pascal Thériault. La réglementation, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier, a été repoussée d'un an. Mais les producteurs européens devraient notamment se détourner de l'Éthiopie pour importer plutôt du Brésil, par exemple, accentuant davantage la pression sur la production de ce pays d'Amérique du Sud. La montée en flèche des cours du café se traduira inévitablement par d’autres hausses de prix à la caisse pour les consommateurs en 2025. Déjà, le café torréfié ou moulu se vendait 5,6 % plus cher en janvier qu’un an auparavant, selon l’indice des prix à la consommation. Le sac de 340 g a pour sa part atteint un sommet de 7,12 $ en décembre 2024, toujours selon les données de Statistique Canada. C’est une hausse de 41,8 % depuis que sont récoltées ces données par l'agence fédérale. La demande pour les produits à base de café reste forte, rappelle Pascal Thériault, qui est aussi chargé d’enseignement à l'Université McGill. On a une demande solide pour le café. Comme une drogue. C’est l’une des boissons les plus consommées au pays, plus encore que l’eau du robinet, affirme l’Association du café du Canada. Les Canadiens boiraient, en moyenne, 2,8 cafés chaque jour. Résultat : les prix de détail augmentent. Le prix du café sur les marchés se répercute sur les prix de détail pour les consommateurs. Photo : Reuters / YT Haryono Plusieurs entreprises ont déjà annoncé des hausses de prix de leurs produits. Outre Van Houtte, c’est le cas de J.M. Smucker, qui détient notamment Folgers, mais aussi de Nestlé, le principal vendeur de café dans le monde et propriétaire de la marque Nespresso. Ses cafés en capsules ont subi une hausse de 0,03 $ à 0,18 $ par capsule, ce qui peut représenter près de 2 $ par étui. Les Brûleries Faro se sont elles aussi résignées à augmenter leurs prix d'environ 1,50 $ par livre de café, pour refléter Ça reste insuffisant, selon son directeur général, Maxime Fabi, pour qui la transparence avec les clients demeure la clé dans la situation actuelle. Quand tu augmentes tes prix, c'est par obligation. Pas parce qu’on veut faire plus d’argent. Il s’attend à devoir hausser ses prix à nouveau en juin, car le café qu’il négocie présentement sur les marchés est encore plus cher que celui acheté à l’automne et torréfié aujourd’hui. Le copropriétaire et directeur général de Brûleries FARO, Maxime Fabi Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette Même l'incertitude entourant les tarifs américains et la faiblesse du dollar canadien entrent en jeu sur le marché du café, alors qu’il repose uniquement sur des importations. Faro aussi bien que Nespresso encouragent leurs clients à adhérer à leur programme de fidélité pour compenser la hausse des coûts. Si Van Houtte affirme avoir longtemps maintenu ses formats inchangés, un an d’enquête sur la réduflation nous a permis de documenter plusieurs cas chez d’autres entreprises au cours des 20 dernières années, notamment chez Nescafé, Maxwell House et Tim Hortons. Le café semble donc condamné à devenir une denrée plus rare, mais surtout plus chère. Avec les changements climatiques, on ne peut pas reculer. Comment se protéger contre des cycles météorologiques imprévisibles? Les consommateurs doivent donc se résigner, selon les experts, à voir leurs emballages de café réduire en quantité ou augmenter en prix. Le café n’est pas encore condamné à disparaître, mais l’industrie devra s’ajuster. De son côté, Keurig Dr Pepper Canada s’engage à aider ses partenaires producteurs à développer nouveau produit
, puisqu’il commençait à faire son entrée sur le marché alors que le prix de la fève de café atteignait un sommet.
dû revoir la structure de prix et/ou le format
de l’ensemble des produits de ses marques.Bien que nous comprenions que le changement de format pour certains de nos produits puisse surprendre certains consommateurs, nous avons tout de même été en mesure de leur offrir un format stable et inchangé pendant plus de 10 ans sur la marque Van Houtte, explique l’entreprise par courriel. Dans le contexte actuel, où le prix du café vert a augmenté de plus de 86 % en un an, les ajustements sont devenus inévitables.
Les cours du café s’envolent
Les conditions climatiques extrêmes, telles que les sécheresses prolongées et les vagues de chaleur dans les principaux pays producteurs de café, ont significativement réduit le rendement et la production
, justifie Keurig Dr Pepper Canada.À cela s’ajoutent des hausses substantielles des coûts de production, des matériaux d’emballage, des poches de café vert sur le marché et des frais de transport
, précise-t-on.L’Europe n'importera plus de café de zones déforestées récemment, indique-t-il. Ça brouillera les cartes en changeant la façon dont le café se déplace sur la terre.
Hausse de prix pour les consommateurs
La demande continue d'augmenter, indique son directeur général, Robert Carter, mais nous continuons également à constater l'impact des problèmes climatiques et météorologiques dans les principaux pays producteurs. Nous nous attendons donc à ce qu'il y ait moins de café vert sur le marché.

l’impact des conditions du marché et des coûts de production
.Le danger, c’est une perte de rentabilité, indique-t-il, parce qu’on n’ose pas passer toutes les hausses aux consommateurs en ce moment. On a peur de perdre nos clients, qu’ils prennent des habitudes différentes.

Tout le monde va subir l’impact des marchés, affirme Maxime Fabi. Le problème, c’est la rapidité avec laquelle ça arrive. On n’a pas le temps de le voir venir. C’est ce qui fait que tout le monde est un peu sur les nerfs.
Et la réduflation?
Ça va juste empirer dans le futur
, convient Pascal Thériault.Si le café reste cher et que c'est la nouvelle normalité, ce sera la contrepartie des changements climatiques, une conséquence de nos actes, estime pour sa part Maxime Fabi des Brûleries Faro. On peut vivre avec, même si c’est plate.
Différentes stratégies seront utilisées pour compenser une partie des coûts afin de les rendre plus digestes pour les consommateurs, mais ça ira au-delà des stratégies d'emballage
, croit pour sa part Robert Carter de l'Association du café du Canada.Beaucoup de travail est fait pour atténuer certains problèmes liés au réchauffement climatique. Ça reste un enjeu majeur, souligne-t-il. Mais arriverons-nous à un point où il n’y aura plus de café? Je ne pense pas que nous approchions de ce stade.
des variétés de café plus résistantes à la chaleur intense et aux pluies abondantes
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