Comment faut-il réagir quand les bourses évoluent en montagnes russes?
Guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Tarifs douaniers annoncés de part et d'autre de la frontière. Des bourses plus que volatiles et une récession qui menace à l'horizon. Que doit-on faire avec ses investissements dans ce contexte de grande incertitude? Voici les explications et les conseils de quelques experts.
En entrevue à Fox News durant la fin de semaine, le président des États-Unis, Donald Trump, n’a pas fermé la porte à ce que sa guerre tarifaire mène à une récession, ce qui a inquiété les investisseurs et provoqué une forte chute sur les marchés boursiers lundi, la pire depuis 2022.
On a effacé tous les gains accumulés sur le S&P 500 depuis septembre dernier, qui était le moment où Donald Trump a commencé à prendre une avance plus décisive dans les sondages. Donc on peut estimer que "l’effet Donald Trump" est anéanti complètement
, a observé le stratège en chef iA Groupe financier, Sébastien McMahon, en entrevue à Zone économie, lundi.
Il y a plusieurs tempêtes […] qui arrivent en même temps
, a illustré Jean-Paul Giacometti, gestionnaire de portefeuille chez Claret, en entrevue à Zone info. Cela incite certains investisseurs à se mettre sur les lignes de côté
et à vendre leurs actions, note-t-il.
En investissement, le temps doit être votre ami, pas votre ennemi.
Avoir un plan et s'y tenir
Les experts consultés par Radio-Canada s'entendent pour dire qu'il ne faut pas paniquer et qu'il faut s'en tenir au plan établi.
Il faut prendre un pas de recul puis revenir sur l'essentiel, qui est notre stratégie d'investissement puis notre tolérance à la volatilité. Parce que le prix à payer pour profiter du potentiel de la bourse à long terme, c'est de vivre avec les fluctuations qui sont inéluctables lorsqu'on investit dans des entreprises en bourse
, explique Yannick Clérouin, gestionnaire de portefeuille associé chez Medici.
Tenter de prévoir les coups à l'avance, tout comme réagir sous le coup de l'émotion, ne s'avère pas payant pour les investisseurs.
La vaste majorité des investisseurs individuels n’obtiennent pas le rendement des indices boursiers à long terme parce qu’ils tentent d’anticiper les marchés, c’est-à-dire d’acheter et de vendre aux moments qu’ils jugent les plus propices
, ajoute M. Clérouin.
En effet, la célèbre étude de la firme Dalbar publiée annuellement depuis plus de 30 ans démontre que l’épargnant américain moyen qui détient des fonds communs d’actions a obtenu un rendement de 3,5 % par année inférieur à celui de l’indice S&P 500 sur trois décennies.
Il rappelle que les bourses ont été très généreuses au cours des cinq dernières années et que les indices ont offert des rendements supérieurs à leur moyenne historique des 100 dernières années. C'est normal qu'il y ait des corrections
, dit M. Clérouin.
Les crises offrent également, à ceux qui sont patients et disciplinés, des occasions de faire de bonnes affaires, ajoute-t-il. Au plus fort de la chute de la pandémie, c'était difficile pour le commun des mortels de se dire qu'il y avait des occasions qui se présentaient, mais aujourd'hui, avec le recul, eh bien on s'aperçoit qu'il y a eu des occasions.
C'est vraiment essentiel d'établir sa stratégie d'investissement en amont, en gardant à l'esprit que des crises, il y en a eu de nombreuses dans le passé, il y en a peut-être une en ce moment, et il y en aura dans le futur.
Besoins de liquidités et niveau de risque
Un investisseur qui a des projets à court ou à moyen terme ou qui a des besoins de liquidités ferait mieux d'éviter d'investir en bourse, suggèrent des experts.
Quelqu’un qui a un compte d'épargne libre d'impôt pour l'achat d'une première propriété (CELIAPP), qui voudrait aller de l’avant avec son projet d’ici deux ans, devrait éviter d’être dans le marché, conseille M. Giacometti. À moins que vous ayez besoin d’argent dans les prochains deux ans, ce n’est pas le temps de vendre
, affirme le gestionnaire de portefeuille chez Claret.
Pour le président d’Archer gestion de portefeuille, Richard Morin, si la volatilité des marchés vous inquiète, il serait peut-être préférable de diminuer le niveau de risque de votre portefeuille.
Si vous dormez mal la nuit avec la baisse dans les marchés, c’est peut-être un indice que vous avez un peu trop d’actions dans votre portefeuille et que vous devriez peut-être acheter des obligations
, a-t-il indiqué en entrevue mardi matin à l’émission de radio Première heure.
Ce qui détermine votre rendement à long terme, ce n’est pas que vous ayez eu 60 %, 80 % ou 100 % d’actions dans votre portefeuille – les trois peuvent fonctionner – c’est d’adopter une stratégie et de vous y tenir
, a-t-il expliqué.
Ce qui est important, renchérit Yannick Clérouin, c'est toujours de se préparer en amont et non quand il y a une crise, parce que le moment n'est pas favorable pour tout bousculer sa stratégie d'investissement
.
La Banque du Canada statuera sur le taux directeur mercredi
La Banque du Canada dévoilera mercredi sa décision concernant son taux directeur. Rappelons qu’il s’agit du principal outil de la banque centrale pour maintenir l'inflation dans une fourchette annuelle de 1 % à 3 %.
Elle prend donc sa décision sur les données existantes en lien avec l’inflation, mais aussi sur les attentes inflationnistes.
Le taux directeur a diminué lors des six dernières mises à jour, depuis juin 2024.
Les tarifs douaniers américains, s’ils demeurent en vigueur, auront certainement un impact sur l’économie canadienne, une petite économie ouverte
, explique Sébastien McMahon. Et la Banque du Canada estime que cela occasionnera un recul d’environ 4 % du PIB, signale l’économiste. Donc, oui, ça nous envoie directement en récession
, prévoit le stratège en chef chez iA Groupe financier.
Mais l’impact sur l’économie canadienne peut prendre quelques semaines à se matérialiser et il serait préférable, selon M. McMahon, d’attendre à la prochaine mise à jour du 16 avril pour modifier le taux directeur.

Zone économie : entrevue avec l'économiste Sébastien McMahon
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