Face aux critiques, Cogir fait volte-face et réinstalle des défibrillateurs dans trois RPA
Devant le tollé soulevé par le retrait des défibrillateurs dans trois résidences pour aînés de Saguenay, le groupe Cogir revient sur sa décision. L'entreprise indique que les appareils ont été remis aux murs.
Le plus important pour nous est le mieux-être et la sécurité des résidents
, écrit la directrice nationale des communications de Cogir, Brigitte Pouliot.
Mercredi, Radio-Canada avait révélé que l'entreprise nouvellement gestionnaire de la Villa Jonquière, de la Villa Saguenay et de la Villa Chicoutimi avait retiré ces appareils, qui ont pourtant maintes fois permis de sauver la vie de résidents.
Des employés indignés ont brisé le silence et dénoncé ce choix considéré comme illogique pour la sécurité des usagers, du personnel et des visiteurs.
Le directeur du Projet DEA-Québec, qui vise à démocratiser l’accès aux défibrillateurs dans les lieux publics, avait même parlé de négligence pouvant condamner des gens à mourir.

Le groupe Cogir a retiré les défibrillateurs des RPA la Villa Jonquière et la Villa Saguenay.
Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette
Jeudi, les critiques se sont multipliées. Pierre Lavoie a déploré cette décision à l’antenne de C’est jamais pareil et appelé le gouvernement à légiférer rapidement pour rendre l’accès aux défibrillateurs obligatoire.
Tu ne retires pas un défibrillateur. Ils n'ont pas intérêt à ce que leurs clients s'en aillent trop tôt parce qu'ils sont dans un centre de personnes âgées. Je ne comprends pas la réaction
, a-t-il lancé.
Nous on est mal couverts, c'est une grande région, donc les entreprises, je les invite à acheter un défibrillateur et à le rendre disponible.
Plusieurs familles de résidents qui ont appris leur retrait dans les médias ont aussi reproché le manque de respect et de transparence de Cogir, faisant valoir inquiétudes et mécontentement.
C’est notamment le cas de Lina Tremblay, dont la mère de 88 ans réside à la Villa Jonquière. Elle a demandé des explications aux nouveaux gestionnaires en leur rappelant que les défibrillateurs augmentent de façon significative les chances de survie d’une victime d’arrêt cardiaque.
Il me semble que c’est une question de morale. Ce sont toutes des personnes âgées et s’il arrive quelque chose, le fait d’avoir un défibrillateur proche, ça peut sauver des vies. N’importe qui peut s’en servir
, a-t-elle dit.

La mère de Lina Tremblay est hébergée à la Villa Jonquière.
Photo : Radio-Canada / Louis Martineau
Pourquoi avoir retiré les défibrillateurs?
Cogir rappelle qu’il n’y a actuellement aucune obligation gouvernementale concernant la présence des défibrillateurs dans les RPA et qu’elle attend une directive claire de la part du ministère de la Santé et des Services sociaux.
L'entreprise avait retiré les appareils parce qu’elle estimait qu’ils peuvent créer un faux sentiment de sécurité alors que le massage cardiaque demeure une méthode éprouvée en cas d’arrêt cardiaque
.
Il est toutefois prouvé que l’utilisation d’un défibrillateur dans les premières minutes d’un arrêt cardiaque peut tripler les chances de s'en sortir.
Cogir a aussi évoqué une uniformisation des pratiques à travers les quelque 220 résidences qu’elle gère au Canada et aux États-Unis. L'organisation confirme que la très grande majorité ne possède pas de défibrillateurs.
Dans une déclaration par courriel, la ministre responsable des Aînés, Sonia Bélanger, a indiqué que la « sécurité des personnes aînées est une priorité ».
Notre gouvernement a mis en place une stratégie pour déployer davantage de défibrillateurs dans les lieux publics. D’autres actions sont en cours d’analyse pour continuer d’améliorer l’accès aux défibrillateurs.
La FADOQ salue le recul de Cogir
La Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean-Ungava accueille positivement le fait que Cogir soit revenu sur sa décision. Le directeur général de l'organisation, Patrice St-Pierre, estime que ce choix profite à tous les partis impliqués.
On est vraiment très heureux de la décision de revenir en arrière. C'était vraiment une incompréhension
, a-t-il confié.
On salue également le courage des employés qui avaient vraiment à cœur la situation de leurs résidents [...] Je pense que non seulement les résidents sont gagnants dans cette volte-face, mais également les employés eux-mêmes.
Patrice St-Pierre estime aussi que le fait de retirer des défibrillateurs aurait nuit
à la sécurité des résidents.
Ça ne vient pas créer un faux sentiment de sécurité, ça vient apporter une option additionnelle dans une situation d'urgence. Il faut bien comprendre que la possibilité d'avoir ces équipements-là sauve des vies, c'est largement documenté, on l'a vu au Québec
, a-t-il souligné.
Le DG régional de la FADOQ croit que des défibrillateurs devraient d'ailleurs être installés dans davantage de résidences pour aînés de la région.
On incite aussi le ministère de la Santé et des Services sociaux à développer des programmes d'aide pour les résidences qui n'ont pas ces équipements-là actuellement
, a-t-il noté.
Un homme de 99 ans coincé au sol pendant 7 heures
Aline Duchesne, la fille d’un résident de la Villa Chicoutimi, a été stupéfaite d’apprendre que Cogir avait enlevé les défibrillateurs sans aviser les familles, mais elle n’était pas au bout de ses peines.
Elle a aussi découvert qu’une défaillance du système téléphonique et du système d’urgence, due au changement d’administration, a mis en péril la sécurité de son père de 99 ans et celle d’autres résidents.
En voulant se rendre aux toilettes, l’homme presque centenaire a chuté au sol sur le coup de minuit, mardi. Incapable de se relever, il a appuyé en vain sur le bouton d’urgence de son collier d’alerte, mais personne n’est venu à son secours avant le lendemain matin.
Il n’y a rien qui fonctionnait. Il est resté jusqu’à 7 h dans son urine, étendu par terre.

Aline Duchesne est la fille d’un résident de la Villa Chicoutimi.
Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette
La ligne téléphonique a aussi été coupée pendant quelques jours, rendant les communications difficiles.
Ces ratés ont ébranlé sa confiance envers Cogir, le nouveau gestionnaire de la résidence. Mme Duchesne assure toutefois qu’elle a toujours apprécié le travail attentionné du personnel envers son père.
C’est insécurisant. Les infirmières qui m’ont appelée pour m’informer étaient aussi choquées de la situation
, explique-t-elle.
Ce n’est pas rassurant pour la famille. On s’est demandé si on allait le changer de place. On va sûrement mettre un système de surveillance dans son appartement pour s’assurer qu’il est correct.
Par courriel, la direction de Cogir indique avoir fait face à des enjeux technologiques lors du transfert avec Chartwell.
Le tout est rentré dans l’ordre en quelques jours. Par contre, [...] la mise à jour du système dans une résidence du Saguenay a entraîné l’arrêt de celui-ci pendant plusieurs heures suite à une défectuosité technique. Le tout est maintenant rétabli et une équipe travaille sur la cause du problème afin d’assurer qu’il ne se reproduise plus
, écrit la représentante de Cogir, Brigitte Pouliot.
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