Le Canada pourrait-il tirer profit d’un exode de cerveaux des États-Unis?
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump change le visage des sciences aux États-Unis. Au Canada, le milieu de la recherche s’inquiète des nouvelles politiques du gouvernement américain… mais y voit aussi une occasion d’attirer des cerveaux en sol canadien. Depuis son entrée en fonction, le président américain a supprimé des milliers d’emplois dans plusieurs des principales agences scientifiques du pays, comme le National Institute of Health (NIH), le National Science Foundation (NSF) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), en plus d’avoir annoncé le gel du financement de certaines recherches et l’annulation de toute subvention de projets mentionnant des termes associés aux programmes de diversité, d'équité et d'inclusion. Des manifestants brandissent des pancartes lors du rassemblement Stand Up For Science près du Lincoln Memorial, le vendredi 7 mars 2025, à Washington. Photo : Associated Press / Mark Schiefelbein Des efforts commencent déjà à être déployés ailleurs dans le monde pour recruter les scientifiques qui souhaitent fuir les États-Unis. En France, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a récemment envoyé une lettre aux établissements universitaires leur demandant des Des universités européennes comme celle de Barcelone, en Espagne, et de Lausanne, en Suisse, ont d’ailleurs rapporté à la revue Science avoir constaté dans leurs programmes une hausse des candidatures de chercheurs qui se trouvent aux États-Unis. Le Canada pourrait quant à lui notamment miser sur la recherche en environnement pour faire venir des scientifiques, estime Émilie Boutros, associée directrice de l’entreprise TandemLaunch, qui aide des chercheurs universitaires à l’international à bâtir des entreprises. Le reportage de Raphaëlle Drouin L’une des options envisagées par certains pays pour bénéficier de l’exil de chercheurs américains est l’instauration de traitements accélérés pour les demandes d’immigration de scientifiques éminents. C’est une des mesures que recommande le recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette. Le recteur déplore qu’au Québec, au moment même où le milieu de la recherche a l’occasion d’attirer ces talents, le gouvernement tente de restreindre l’accès des universités aux étudiants étrangers. En février, dans la foulée du projet de loi 74, la Coalition avenir Québec a décrété une baisse de 20 % des admissions de ces étudiants. Le ministre Jean-François Roberge a présenté le projet de loi 74 en octobre 2024. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel Lors du dépôt du projet de loi, en août dernier, le ministre québécois de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge, avait dit vouloir Pierre Cossette en appelle plutôt à un De l’avis de l’innovateur en chef du Québec, le chamboulement des sciences du côté sud de la frontière devrait avant tout inciter le Canada à tenter de retenir ses chercheurs. Les autorités canadiennes ont toutefois un obstacle de taille à surmonter : le milieu de la recherche américain est encore nettement plus avantageux financièrement, souligne Georges Mercier. La proportion du PIB investi en recherche scientifique reste sous le seuil de 2 % au Canada, tandis qu’aux États-Unis, il dépasse 3 % depuis plusieurs années. Avec les informations de Raphaëlle Drouin et de l'Agence France-PresseDans le contexte actuel, les politiques de Donald Trump, qui sont plutôt répressives et plutôt délétères envers la liberté académique, peuvent paraître oppressantes
, explique Georges Mercier, doctorant au Département de science politique de l’Université de Montréal.C'est horrible, cette idée de contraindre la recherche
, se désole l’innovateur en chef du Québec, Luc Sirois. Or, ce chaos créé par l’administration Trump représente aussi l’occasion de ramener, dans les entreprises et les institutions de recherche canadiennes, des chercheurs de pointe
, des experts technologiques
et des experts dans différents domaines de la recherche sociale
, ajoute-t-il.
propositions concrètes
pour accueillir un certain nombre
de ces chercheurs.En ce moment, on a entendu que les projets de recherche universitaires [américains] qui ont un mandat environnemental ne sont pas sûrs de pouvoir continuer, alors qu’au Canada, c’est quelque chose qui est très valorisé
, fait-elle remarquer.Ça pourrait être l’occasion de recruter ces étudiants-là, [...] de pouvoir en profiter comme société et bâtir des entreprises en environnement
, ajoute-t-elle.
Débats sur les étudiants étrangers
C'est comme les joueurs de hockey, ce sont des vedettes. Ce sont eux qui créent la recherche quand ils viennent ici et qui créent des standards. Une partie importante de la position dominante des États-Unis, c'est qu'ils ont su, pendant des décennies, attirer les meilleurs talents chez eux
, illustre-t-il.
mieux encadrer
la venue d’étudiants étrangers là où des abus
se produisent.changement de mentalité
. Nos étudiants internationaux, surtout aux cycles supérieurs, ce n’est pas un problème. Il faut arrêter de baisser le nombre d'étudiants admis. C’est une richesse pour le Québec et le Canada
, soutient-il.Une question de financement
L’anecdote de toute ma vie, ça a été de limiter l’exode des cerveaux, de faire en sorte que les Québécois et les Canadiens fassent carrière ici
, affirme M. Sirois.Par exemple, à l’Université de Chicago, si on est accepté au doctorat, on se fait donner une allocation de 45 000 dollars américains par année pendant 5, 6, voire 7 ans
, constate le doctorant en science politique. Au Canada, la bourse la plus importante qu'on peut avoir [en sciences humaines], ça va être celle du Centre Conseil de la recherche en sciences humaines du Canada, qui va être de 40 000 $ par année pendant 3 ans.
Ce que le Canada devrait faire dès maintenant, c'est s'inspirer de ce qui a fait le succès des États-Unis en recherche. Et ce qui a fait leur succès, c'est, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des investissements massifs, cohérents dans la recherche fondamentale, aussi bien en sciences naturelles qu’en sciences sociales
, renchérit-il.La recherche et l’innovation universitaire, c'est le meilleur investissement pour la richesse de demain
, plaide Pierre Cossette de l’Université de Sherbrooke. Le développement de la richesse de notre société, ça commence par la recherche et développement qu'on fait dans les universités.
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