La décroissance de la population de sébaste se poursuit
Les sébastes se font de moins en moins nombreux dans les eaux du golfe. Lors de l’évaluation, l’an dernier, la population des deux espèces avait été estimée à 2,5 millions de tonnes. C’est 600 000 tonnes de moins, un an plus tard. La population de sébaste, évaluée à plus de 4,3 millions de tonnes, il y a cinq ans, est maintenant redescendue sous la barre des 2 millions de tonnes et ce n’est pas la pêche qui en est responsable. Seulement 3000 tonnes avaient été pêchées en mars dans l’unité 1 du golfe. Après 30 ans d'arrêt, la pêche au sébaste dans le golfe est en reconstruction. La pêche commerciale n’a été relancée qu’en janvier 2024 dans l’unité 1 avec au départ un total de captures autorisées de 25 000 tonnes qui a ensuite été augmenté à 60 000 tonnes en juin. La transformation du sébaste au Québec est aussi à relancer comme la pêche. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach Même si cette année les sciences recommandent un prélèvement de 80 000 à 291 000 tonnes de sébaste mentella, le sébaste ne sera pas la pêche miraculeuse tant espérée. Les flottilles sont à rebâtir, les usines sont à équiper et le marché à reconquérir, mais les pêcheurs devront composer avec le déclin. Le dernier relevé scientifique correspond grosso modo au modèle anticipé l’année dernière. Elle ajoute que le sébaste a probablement été victime de son propre succès. À la réouverture de la pêche, l’an dernier, les scientifiques ont fait état de leurs prévisions sur la place occupée par le sébaste dans l’écosystème du golfe et celle que le poisson occupera à plus long terme. Leurs conclusions étaient que même un prélèvement de 300 000 tonnes n'aurait pas eu d'impact sur le déclin inéluctable de cette population trop nombreuse pour son environnement. Pour la science, un prélèvement massif au sébaste serait plutôt venu contrer un certain déséquilibre entre les espèces ainsi que les répercussions de la surabondance du sébaste sur l’environnement du golfe et certaines espèces comme la crevette nordique. Comme lors de la dernière évaluation, la biologiste évalue qu’il faudra attendre encore six à neuf ans avant de voir la population se stabiliser. Ce niveau de population plus stable, la biologiste l’évaluait à environ 200 000 tonnes l’an dernier, mais il reste encore très difficile à estimer, admet-elle. La biologiste rappelle que l’écosystème du golfe est aussi en changement que l’eau se réchauffe, que les proies du sébaste comme la crevette sont en diminution. Le sébaste est aussi une proie, dépendamment de sa taille. Des sébastes dans leur habitat naturel du fleuve Saint-Laurent, dans la région des Escoumins, sur la Côte-Nord. (Photo d'archives) Photo : Pêches et Océans Canada C’est aussi, observe la scientifique, une population qui grandit très lentement. Des tests en bassin ont aussi démontré que la croissance du sébaste ralentit lorsqu’il est plongé dans des eaux de plus de 5 °C. Aux profondeurs fréquentées par le sébaste, la température du golfe est maintenant autour de 7 °C. Entre 2021 et 2024, les sébastes n’ont gagné qu’un centimètre de croissance et, selon les projections des biologistes. Leur maturité sexuelle a été aussi atteinte plus tôt que prévu. En moyenne, les poissons ne devraient pas dépasser 27 cm à maturité. Pour le moment, les scientifiques ne sont pas en mesure d’attribuer dans quelle proportion agit chacun des phénomènes, température, densité de la population, rareté des ressources, prédation sur la population de sébastes. 
C'est de la mortalité naturelle qu'on voit dans le système depuis plusieurs années
, explique la biologiste Caroline Senay, biologiste à l’Institut Maurice-Lamontagne.On ne s’attendait pas à une grande croissance, c’est ce qu’on a observé. On s’attendait à voir moins de sébaste, c’est ce qu’on a observé. Ce ne sont pas des bonnes nouvelles, mais on n’est pas surpris.
Il était peut-être trop nombreux pour la quantité de ressources disponibles.
Autant les pêcheurs que les scientifiques du MPO que du milieu universitaire, on se demandait si l'écosystème allait être capable de soutenir cette abondance de sébastes dans le golfe
, rappelle Caroline Senay. Si on regarde entre 2023 puis 2024, c'est environ 23 % de la biomasse qui a disparu du golfe. On s'attend à ce que ça se poursuive Ceci étant dit, c'est possible, quand la biomasse va diminuer encore plus, qu'on arrive à un certain équilibre et que la mortalité naturelle diminue.
Adaptation et environnement
Il y a aussi, dit-elle, un phénomène de densité-dépendance négative. Où quand une population est trop nombreuse, les ressources deviennent limitantes.
Quand il était tout petit, indique Mme Senay, on le retrouvait vraiment dans les estomacs d'une grande variété d'espèces différentes, que ce soit le turbot, le flétan, la morue. Là, ils sont autour de 25 cm donc ils sont la proie de plus gros poissons. On peut les retrouver dans des estomacs de très grosses morues ou de flétan de l'Atlantique.

Ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les pêcheurs puisque les marchés préfèrent les plus gros poissons
, commente Caroline Senay.
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